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Ma question sur les activités maritimes de Total dans les grands fonds marins

Mercredi 8 juillet 2015, la Commission des affaires économiques recevait M. Patrick Pouyanné, le directeur général et président du comité exécutif de Total, je lui ai posé les questions suivantes:

 « Monsieur Pouyanné, je souhaite vous entendre à nouveau sur vos activités maritimes, notamment celles que vous exercez dans les grands fonds marins, et de plus en plus profondément – entre 1 000 et 2 000 mètres, voire au-delà. C’est un secteur dynamique de l’économie maritime. L’off-shore représenta 20 % des réserves de pétrole et 25 % des réserves de gaz connues à ce jour. En outre, la France dispose du deuxième espace maritime du monde grâce à l’outre-mer.

Quelles sont les perspectives de développement de ces activités, et ce malgré le réchauffement climatique ? Quels obstacles rencontrez-vous, en dehors bien sûr des conditions extrêmes d’exploitation ?

Comment prenez-vous en compte les écosystèmes très singuliers, encore méconnus d’ailleurs, de ces grandes profondeurs ?

Les frontières maritimes sont-elles un problème préoccupant pour votre groupe ? Quel est le rôle de l’Autorité internationale des fonds marins ? Y a-t-il beaucoup de conflits territoriaux ?

Enfin, l’attrait des profondeurs est réel. Les projets sont nombreux, et les défis environnementaux aussi. Quels sont, à votre avis, les enjeux maritimes internationaux de la France concernant votre secteur d’activité ? »

Voici sa réponse:

« Mme Le Loch a parlé des grands fonds marins, et j’ai vu que j’avais affaire à une experte. Oui, bien sûr, il y a des conflits frontaliers marins. Il y en a même de célèbres sur la planète. Et en général, ils sont liés au fait que les gens pensent qu’il y a des ressources naturelles au fond de l’eau. Et plus ils pensent qu’il y en a, plus il y a de conflits. C’est le cas du grand conflit qui a éclaté en mer de Chine méridionale, autour des îles Spratleys, où l’on pense qu’il y a du pétrole. C’est un véritable imbroglio, qui pourrait s’envenimer entre la Chine, le Vietnam et les Philippines. Plus au Nord, il y a une autre zone de conflit entre le Japon et la Chine.

En fait, il y en a un peu partout. En général, les frontières maritimes ne sont pas aussi bien délimitées que l’on peut le croire. Dès qu’un pétrolier arrive, les conflits surgissent, avant même que l’on ait exploré. En raison d’un conflit qui est resté célèbre, entre le Brunei et la Malaisie, Total n’a pas pu explorer pendant quinze ans. Quand on a eu le droit de le faire, on s’est aperçu qu’il n’y avait rien ! Ils se sont battus pendant quinze ans, ils en sont presque venus aux armes, alors qu’il n’y avait pas de pétrole. Il faut préciser que ce n’est pas parce que l’on demande des permis d’exploration qu’il y a du pétrole. Chaque année, sur les 50 puits que l’on fore, 80 % sont secs.

Rencontrons-nous des obstacles dans nos activités d’exploration ? Oui. Par exemple, en France, on ne veut pas m’accorder de permis en Guyane. Nous sommes arrivés au bout de toutes les procédures et ces permis sont bloqués. J’ai dit au Gouvernement que je ferais au Suriname et en Guyane – où l’on vient de trouver du pétrole – ce que je ne peux pas faire en Guyane. Ce n’est pas du chantage, c’est simplement ce qui va se passer. D’ailleurs, si ce n’est pas Total, c’est une autre compagnie qui ira forer au Suriname.

J’irai mettre ailleurs les dollars d’exploration de Total. Je le regrette en tant que citoyen français et président de Total. Mais je respecte les choix qui sont faits par le Gouvernement et la Représentation nationale. J’espère simplement que ces permis ne seront pas donnés, in fine, à un concurrent !

Ensuite, nous avons des gens qui travaillent sur les écosystèmes marins. Nous nous en soucions beaucoup, surtout depuis le gigantesque accident provoqué par l’explosion de la plate-forme Macondo, dans le golfe du Mexique. Cet accident, qui a défrayé la chronique, aura coûté entre 50 et 60 milliards de dollars à BP – pénalités, remboursements, etc. Au passage, si le même accident s’était passé au Nigéria, je pense que cela ne lui aurait pas coûté autant – l’écologie est très « locale ». BP a dû mal à s’en remettre et a dû vendre de nombreux actifs.

Nous menons des recherches et nous avons fortement amélioré la sécurité de l’off-shore marin. Mais il est vrai que cela ne nous empêche pas, parce que c’est notre métier, de continuer à innover sur le plan technologique. Par exemple, l’année prochaine, nous allons forer un puits en Uruguay à 3 500 mètres d’eau. Nous avons passé une heure au comité exécutif de Total pour nous assurer que l’on avait pris en compte, dans ces opérations, tous les risques de nature écologique. Cela dit, Total est un spécialiste de l’off-shore, et nous avons confiance dans nos équipes. »