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UN TRAVAIL DE FOND ET DE REELLES PERSPECTIVES POUR L’AGRICULTURE

lecture planante

Nul ne peut aujourd’hui douter que la crise agricole a atteint son paroxysme. De nombreux agriculteurs ne peuvent plus vivre de leur activité, se posent la question de leur avenir quand certains perdent de l’argent en maintenant leur production. Nous sommes conscients que des solutions doivent être mises en œuvre pour sauver l’élevage et le secteur agroalimentaire français… et par conséquent nos emplois et nos territoires.

La proposition de loi rejetée cette semaine par l’Assemblée Nationale a été proposée par l’opposition et votée fin 2015 au Sénat, peu de temps après la mise en place du plan de soutien.

Cette contribution n’apporte pas de solutions au complexe sujet que sont les difficultés des filières d’élevage. Certaines propositions relèvent du domaine réglementaire, d’autres sont des mesures qui ont été votées dans le projet de loi de finances pour 2016, d’autres vont l’être après expertise juridique, comme l’incessibilité des contrats laitiers.

Il y a la demande récurrente d’une obligation d’étiquetage de l’origine des produits agricoles en France, réclamée ici même par nous tous depuis des années … Celle-ci a été prise en considération par le Ministre de l’Agriculture qui a présenté cette semaine un projet de décret à la Commission européenne pour étendre l’étiquetage de l’origine aux produits transformés. L’objectif est d’envoyer une notification à Bruxelles et de renégocier un règlement européen, puisque l’euro compatibilité est nécessaire. Avec la même intention, les parlementaires bretons ont interpellé le Commissaire européen à l’agriculture sur trois grands enjeux : l’étiquetage, la levée de l’embargo russe et les distorsions de concurrence. Je me suis également déplacée à Bruxelles dans le cadre de la mission d’information sur l’avenir de l’élevage dont je suis co-rapporteure avec le député Thierry BENOIT.

Depuis 2012, le Gouvernement a pris de nombreuses mesures pour soutenir notre agriculture (budget PAC, aides d’urgence) tout en lui offrant des outils lui permettant de s’adapter aux défis qui sont et seront les siens dans les années à venir (verdissement PAC, loi d’avenir pour l’agriculture, CICE, pacte de responsabilité). La France a d’ailleurs joué un rôle majeur pour préserver le budget de la nouvelle PAC. Il faut laisser le temps à la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt adoptée en octobre 2014 de mettre en œuvre l’agro-écologie et ses pratiques agronomiques qui permettent aux agriculteurs de maîtriser leur modèle de production et par là préserver leurs gains de productivité.

Aujourd’hui, plus que jamais, les agriculteurs demandent, avant toute chose, de vivre décemment de leur travail grâce à des prix rémunérateurs, ce qui n’est pas le cas actuellement pour les éleveurs porcins, bovins viande et lait en France et en Europe.

J’ai rencontré de nombreux agriculteurs et éleveurs à l’Assemblée comme dans ma circonscription autour de sujets très divers tels que le prix des aliments, l’accessibilité au foncier… Il n’est pas possible ici de les détailler de façon exhaustive.

Les agriculteurs eux-mêmes détiennent une partie des solutions. Les politiques et les pouvoirs publics sont là pour les accompagner.

La structuration des filières est un véritable enjeu pour sauver les producteurs, des initiatives existent et méritent d’être évoquées.

En Bretagne, des éleveurs, de porcs principalement, revendiquent le regroupement des organisations de producteurs pour peser face aux autres maillons de la filière. Cinq groupements de producteurs ont décidé d’unir leurs forces pour bâtir ensemble une offre collective capable de valoriser au mieux la production de leurs adhérents.

Dans le lait, une association d’organisations de producteurs de lait vient de se créer. Elle m’a d’ailleurs conviée à son premier conseil d’administration. Cette nouvelle AOP Grand Ouest réunit près de 4200 exploitations qui pourront ensemble renforcer le poids des producteurs dans la filière laitière et mettre en place des outils de prévention et de gestion des crises pour pallier les effets de la volatilité des marchés. Elle attend d’être agréée par le Ministère et rejointe par d’autres organisations de producteurs dont les Coop.

Mais la guerre des prix continue entre les enseignes de la distribution depuis la loi LME de 2008. A cette guerre des prix, il faut ajouter aujourd’hui la guerre des promotions qui servent, certes, à écouler la production trop importante, mais qui est destructrice de valeur ajoutée et donc dangereuse pour tous, et au 1er rang pour les éleveurs.

En ce moment se déroulent les négociations commerciales pour 2016 et rien ne semble changer dans le rapport de force déséquilibré entre des milliers de fournisseurs et seulement 4 centrales d’achat. A quand une prise de conscience collective de cette situation ?

En tant que co-rapporteure de la mission en cours sur l’avenir des filières d’élevage avec le député Thierry BENOIT, nous écoutons et entendons ce que le monde agricole et de l’élevage a à dire et nous comprenons leurs attentes. Nous rendrons nos conclusions, les plus opérationnelles possibles, début mars et nous espérons qu’elles seront prises en compte.