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Regards croisés – surpêche : mythes et réalités

CINE6108Le 4 mai dernier, j’ai participé à la conférence « surpêche : mythes et réalités », organisée par France Filière Pêche.
Ray Hilborn, professeur de biologie des pêches à l’Université de Washington à Seattle, nous a livré son analyse sur l’état de la ressource halieutique.
Plus de 200 personnes ont assisté à cette matinée d’échanges consacrés à la durabilité de la pêche.

Extraits de mon intervention :

La nouvelle PCP, entrée en vigueur le 1er janvier 2014, vise à renforcer l’approche éco-systémique et la durabilité de la filière pêche. Elle fixe des objectifs de gestion ambitieux aux pêcheurs de l’Union Européenne puisqu’il s’agit de mettre en œuvre des mesures pour que tous les stocks de poissons exploités atteignent des niveaux de rendements maximum durables à l’horizon 2020 au plus tard. Ce RMD peut se définir comme la plus grande quantité prise sur un stock sans altérer sa capacité à se renouveler, à se reproduire.
Il peut être atteint grâce à différentes mesures de régulation de l’effort de pêche : les TAC (totaux admissibles de captures) et quotas, les licences de pêche, les quotas de jours de mer, les périodes de repos biologique, l’évolution et la sélectivité des engins de pêche pour optimiser la taille des captures,…

La politique des TAC est un instrument de gestion des stocks halieutiques ; c’est l’un des piliers de la PCP. Chaque année, la Commission européenne émet des propositions de TAC en s’appuyant sur les avis scientifiques, puis, le niveau des TAC est défini en fin d’année lors du Conseil des ministres de la pêche. Les TAC sont ensuite répartis entre les pays sans être inscrits dans une pluri-annualité ce qui donne peu de visibilité aux entreprises de pêche.

Le Conseil européen fait de l’atteinte du rendement maximum durable (RMD) l’objectif central de la fixation des TAC et quotas, conformément aux engagements souscrits par l’Union à Johannesburg (2002) et à Nagoya (2010).
L’article 2 alinéa 2 du règlement de base sur la PCP en fait d’ailleurs ainsi mention : « le taux d’exploitation permettant d’obtenir le RMD sera, si cela est possible, atteint en 2015 et pour tous les stocks, progressivement et par paliers, en 2020 au plus tard ». Nous y sommes, c’est demain.
C’est un objectif de productivité maximale des stocks sur le long terme, qui concilie à la fois conservation et exploitation de la ressource.

De nombreux stocks sont d’ores et déjà exploités au RMD et leur nombre suit une courbe en croissance.
Ainsi, dans les eaux de l’UE (hors Méditerranée) entre 2005 et 2007, 6 % des stocks dont le RMD est connu étaient exploités conformément aux objectifs de la nouvelle PCP. En 2010, nous en étions à 28 % et en 2014, à 56 %, selon l’avis du CIEM.
Sur la même période, le taux des stocks européens considérés comme surexploités est tombé de 91% en 2006 à 39 % en 2013.

Je pense qu’il faut saluer le chemin parcouru par les pêcheurs sur la voie de la durabilité.
Les pêcheurs français ont pleinement pris part aux efforts qui favorisent cette évolution positive, notamment par une réduction considérable de leur effort de pêche au cours des dix dernières années et par l’amélioration de la sélectivité des engins.

L’état des stocks exploités dépend également de la bonne santé des écosystèmes dans lesquels ils évoluent. Dans ce contexte, à titre d’exemple, le réseau des aires marines protégées (AMP) constitue un instrument essentiel pour la gestion et la conservation des écosystèmes marins.

La France s’est ainsi engagée, en parallèle de sa politique de quotas de capture et de ses efforts en matière de qualité des eaux terrestres, dans une politique ambitieuse de création d’AMP. Ces AMP constituent un outil complémentaire pour accompagner l’exploitation des stocks halieutiques, et de manière plus générale pour contribuer à l’atteinte du bon état écologique des écosystèmes marins, tout en garantissant les équilibres socio-économiques des activités de pêche maritime, des activités essentielles pour l’attractivité de nos littoraux.